# EODE / International Elections Monitoring / ITALIE : LA CRISE S’APPROFONDIT AVEC L’ELECTION DU PRESIDENT

 

EODE - elections news ITALIE (2013 04 20) FR

Luc MICHEL pour EODE Press Office

avec AFP – La Repubblica – La Stampa – Corriere della Sera – PCN-SPO / 2013 04 20 /

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« Hier, le cannibalisme aveugle des parlementaires a brûlé même Romano Prodi (…), le seul dirigeant de la gauche à avoir une stature européenne. Les explications sont toutes bonnes et stupéfiantes, sauf une: la médiocrité d’un groupe dirigeant et d’une classe parlementaire qui ne répond plus à rien, même pas à l’instinct de survie »

- La Repubblica

« La République est suspendue au-dessus du vide »

- Corriere della Sera,

L’élection présidentielle (indirecte) est l’occasion d’un nouvel approfondissement de la crise politique. La solution choisie – un nouveau tour de passe-passe à court terme des partis traditionnels – ne fera que renforcer l’ébranlement structurel du parlementarisme italien.

Tour qualifié d’ « incroyable! » par Le Temps (Genève),  le chef d’Etat sortant Napolitano, un ancien militant communiste réintroduit dans le jeu électoral, a été élu au sixième tour de scrutin. Censé venir « à la rescousse d’un parlement en pleine déroute », il s’agit plutôt d’une traite politique sur l’avenir qui risque de coûter fort cher.

Retour sur les épisodes mouvementés d’une dérive qui voit l’usure et la limite du jeu des partis …

PSYCHODRAME POLITIQUE EN ITALIE

A l’issue du cinquième épisode du psychodrame politique en Italie: les grands électeurs n’avaient toujours pas réussi samedi matin à élire un président de la République, au lendemain de l’échec de Romano Prodi qui a entraîné un véritable séisme au sein de la gauche.

Les principaux partis de la péninsule ont donc « exercé dans la matinée une forte pression sur le chef d’Etat sortant », Giorgio Napolitano, pour qu’il accepte un second mandat, « dans l’intérêt supérieur du pays », comme l’a dit le chef du gouvernement sortant Mario Monti dans un communiqué.

M. Napolitano, 87 ans, avait jusqu’à présent toujours refusé de rempiler en raison de son âge.

Troisième économie de la zone euro, l’Italie continue donc de s’enfoncer dans la crise politique depuis les élections législatives de fin février qui n’ont dégagé aucune majorité claire. « La République est suspendue au-dessus du vide », titre le Corriere della Sera, premier quotidien de la péninsule.

L’EPUISEMENT DU JEU PARLEMENTAIRE :

PRODI ECHOUE AU 4e TOUR ET BERSANI JETTE L’EPONGE AU 5e TOUR DE SCRUTIN

Parti grand favori, l’ex-Premier ministre Romano Prodi a échoué ce vendredi au quatrième tour de l’élection présidentielle italienne, et Pier Luigi Bersani, leader du centre-gauche arrivé en tête aux élections de février, désavoué, a annoncé son renoncement, rendant la crise inextricable. Choisi le matin même par la gauche, qui compte le plus grand nombre d’électeurs, M. Prodi avait recueilli seulement vendredi 395 voix, très loin de la majorité absolue requise (504 voix sur 1.007 électeurs). 101 « franc-tireurs » –sur 496 électeurs de gauche– n’avaient pas respecté la consigne de vote en sa faveur.

M. Bersani avait annoncé que son parti s’abstiendrait lors du cinquième scrutin des grands électeurs, ce samedi matin, et qui s’annonçait donc voué à l’échec.

« Je n’arrive pas à accepter que le candidature de Romano Prodi ait échoué. Nous avons abouti à une affaire d’une gravité absolue, les mécanismes de responsabilité et de solidarité ont sauté », a-t-il dit, pour expliquer l’annonce de sa démission, qui interviendra, a-t-il dit, une fois élu le prochain chef de l’Etat.

Selon lui, le PD doit « reprendre les contacts avec les autres forces politiques ».

La première force de gauche avait déjà échoué la veille à faire élire l’ex-syndicaliste démocrate chrétien Franco Marini, choisi en commun accord avec la droite de Silvio Berlusconi.

Pour protester contre le choix de M. Prodi, dont il est la bête noire, le Cavaliere avait appelé le centre-droit à ne pas participer au quatrième tour, consigne largement respectée par son camp.

Le nom de l’ancien président de la Commission européenne, âgé de 73 ans, est très mal vu à droite notamment parce qu’il est le seul à avoir battu à deux reprises le Cavaliere.

Pier Luigi Bersani avait opté pour celui qui a dirigé le gouvernement à deux reprises (1996-1998 et 2006-2008) pour tenter de ressouder son parti, que l’accord avec la droite sur la candidature Marini avait risqué de faire éclater.

Au moins la moitié des transfuges du PD ont apparemment voté pour le candidat du Mouvement contestataire anti-partis – que ses adversaires qualifient de « populiste » – 5 Etoiles (M5S), Stefano Rodotà, un constitutionnaliste qui fêtera bientôt ses 80 ans.

M. Rodotà a recueilli 213 voix, soit bien plus que les 162/163 votes émanant des « grillini » (petits grillons) comme sont surnommés les militants du mouvement de l’ex-humoriste Beppe Grillo.

« Il n’y a plus de PD. La gauche est détruite », a asséné Maurizio Lupi, du Peuple de la Liberté (PDL) de Silvio Berlusconi, tandis qu’un de ses collègues comparait la situation au roman « Dix petits nègres » d’Agatha Christie, où les personnages meurent les uns après les autres.

M. Berlusconi s’est réjoui de la démission annoncée de son adversaire, affirmant que son parti PDL s’abstiendrait lui aussi lors du vote prévu samedi matin s’il n’y avait pas un candidat de consensus entre droite et gauche trouvé d’ici là.

Commence alors le jeux stérile des partis, les combinaziones.

« M. Berlusconi a rencontré M. Monti qui devait voir M. Bersani samedi matin.

Ou bien la gauche pourrait se rallier au candidat du M5S, Stefano Rodotà, ancien député européen et surtout ancien président du Parti démocratique de la gauche (PDS, dont le PD est l’héritier).

Le PD peut aussi revenir à une candidature plus susceptible de séduire le camp de Silvio Berlusconi, par exemple l’ex-premier ministre Giuliano Amato. »

Le directeur du journal La Stampa, Mario Calabresi, a critiqué le chaos qui a entouré la stratégie contradictoire du PD.

« C’est le résultat d’un manque de courage et d’idées fortes, claires et communiquées de façon convaincante et c’est aussi pour ça que le PD n’a pas gagné les élections », a-t-il dénoncé.

Les élections législatives ont débouché sur une équation insoluble avec la gauche qui a la majorité absolue à la Chambre des députés mais pas au Sénat, divisé en trois blocs de force équivalente : la gauche, la droite berlusconienne et le M5S. Ce qui empêche la formation d’un gouvernement depuis plus de 50 jours.

5e TOUR DE SCRUTIN:

« L’ELECTION PRESIDENTIELLE VIRE A L’AUTO-DESTRUCTION DE LA GAUCHE »

Les parlementaires et délégués régionaux avaient commencé peu après 08H00 GMT ce scrutin considéré inutile, les principaux partis ayant décidé de voter blanc ou de s’abstenir.

Le Peuple de la liberté (PDL) de Silvio Berlusconi avait décidé de ne pas participer au scrutin, son allié de la Ligue du Nord de voter bulletin blanc, de même que les centristes du chef du gouvernement sortant Mario Monti.

Le Parti démocrate (PD) de Pier Luigi Bersani avait décidé dès vendredi soir, après l’échec de son candidat, M. Prodi, de voter blanc lui aussi lors de ce cinquième scrutin.

M. Prodi, 73 ans, deux fois chef du gouvernement italien et ancien président de la Commission européenne, n’avait finalement recueilli que 395 voix lors du quatrième scrutin présidentiel vendredi soir, soit une centaine de moins que le nombre total des grands électeurs du PD qui avait avancé sa candidature.

Les têtes ont commencé à rouler immédiatement dans la soirée: M. Bersani a annoncé sa démission qui sera effective dès qu’un chef de l’Etat sera élu, la présidente du PD, Rosy Bindi, a démissionné elle aussi et M. Prodi a retiré sa candidature face à la trahison des membres de son propre parti.

« Le seul conseil que nous pouvons donner au PD (…) est d’éviter à tout prix de nouvelles élections (…) car ce serait un jeu d’enfant » pour ses adversaires « de se partager les restes d’un parti orienté avec ténacité vers un suicide politique collectif », écrit samedi le directeur du journal Il Fatto Quotidiano Antonio Padellaro.

Après l’échec jeudi de Franco Marini, premier candidat officiel au poste de président, soutenu par le PD et la droite de Silvio Berlusconi, M. Bersani avait décidé de présenter vendredi matin la candidature prestigieuse de Romano Prodi.

Dans le secret des urnes cependant plus de 100 grands électeurs du PD ont voté contre M. Prodi, provoquant un séisme dans ce parti qui il y a cinq mois seulement caracolait en tête des sondages de popularité et se trouve maintenant au bord de la dissolution.

« Hier, le cannibalisme aveugle des parlementaires a brûlé même Romano Prodi (…), le seul dirigeant de la gauche à avoir une stature européenne. Les explications sont toutes bonnes et stupéfiantes, sauf une: la médiocrité d’un groupe dirigeant et d’une classe parlementaire qui ne répond plus à rien, même pas à l’instinct de survie », écrit La Repubblica, le grand quotidien de gauche.

L’échec cinglant vendredi soir de ce dernier, deux fois chef du gouvernement italien, a entraîné un véritable séisme au sein de la gauche.

Les têtes ont commencé à rouler immédiatement dans la soirée: M. Bersani a annoncé sa démission qui sera effective dès qu’un chef de l’Etat sera élu, la présidente du PD, Rosy Bindi, a démissionné elle aussi et M. Prodi a retiré sa candidature face à la trahison des membres de son propre parti.

« Le seul conseil que nous pouvons donner au PD (…) est d’éviter à tout prix de nouvelles élections (…) car ce serait un jeu d’enfant » pour ses adversaires « de se partager les restes d’un parti orienté avec ténacité vers un suicide politique collectif », écrivait samedi le directeur du journal Il Fatto Quotidiano Antonio Padellaro.

Le Mouvement cinq étoiles (M5S) qui a cristallisé le vote contestataire continue de voter pour son candidat, Stefano Rodota, un expert de droit constitutionnel, auquel s’est rallié également le parti de gauche SEL, ex-allié du PD.

Les élections législatives de fin février ont débouché sur une équation insoluble avec la gauche qui a la majorité absolue à la Chambre des députés mais pas au Sénat, divisé en trois blocs de forces qui se neutralisent mutuellement: la gauche, la droite berlusconienne et le M5S.

6e TOUR : LE RETOUR DE NAPOLITANO

Le président sortant Giorgio Napolitano est donc venu ce samedi à la rescousse d’un parlement en pleine déroute, acceptant à la demande générale de solliciter un second mandat en dépit de son âge avancé, pour sortir le pays de l’impasse.

« Je considère qu’il est de mon devoir d’offrir la disponibilité qui m’a été demandée », a expliqué cet ex-communiste, après avoir reçu la visite dans la matinée des principaux dirigeants politiques du pays.

De Pier Luigi Bersani (gauche) à Silvio Berlusconi (droite) en passant par le chef du gouvernement sortant Mario Monti, tous l’ont pressé de se représenter, après l’échec des 1007 grands électeurs à lui désigner un successeur après cinq tours de scrutin.

Soumis à une forte pression, M. Napolitano, qui avait jusque là répété qu’il ne souhaitait pas rempiler en raison de son âge (88 ans en juin), a finalement accepté par « sens de responsabilité envers la nation ». Dans la matinée, il avait pourtant glissé aux représentants des régions, « pourquoi donc ne me laissez-vous pas me reposer? ».

« La République est suspendue au-dessus du vide », titrait samedi matin le Corriere della Sera, premier quotidien de la péninsule.

Cette fois-ci, « les rencontres ont permis de faire émerger une large convergence » des forces politiques « à demander à Giorgio Napolitano d’accepter sa réélection », a commenté Pier Luigi Bersani, chef du Parti démocrate (PD), après l’annonce du vieux chef d’Etat.

Au cours du sixième tour, qui a débuté peu après 13H00 gmt, la large convergence de vue entre les principaux partis devait lui éviter de mauvaises surprises dans le secret des urnes. Contrairement à ce qui s’est produit jusqu’à présent pour les autres candidats, en particulier pour l’ex-président de la Commission européenne Romano Prodi à qui il a manqué une centaine de voix de son propre camp.

L’échec cinglant vendredi soir de ce dernier, deux fois chef du gouvernement italien, a entraîné un véritable séisme au sein de la gauche.

Les têtes ont commencé à rouler immédiatement dans la soirée: M. Bersani a annoncé sa démission qui sera effective dès qu’un chef de l’Etat sera élu, la présidente du PD, Rosy Bindi, a démissionné elle aussi et M. Prodi a retiré sa candidature face à la trahison des membres de son propre parti.

« Le seul conseil que nous pouvons donner au PD (…) est d’éviter à tout prix de nouvelles élections (…) car ce serait un jeu d’enfant » pour ses adversaires « de se partager les restes d’un parti orienté avec ténacité vers un suicide politique collectif », écrivait samedi le directeur du journal Il Fatto Quotidiano Antonio Padellaro.

Seul le Mouvement cinq étoiles (M5S), qui a cristallisé le vote contestataire, a continué de voter pour son candidat, Stefano Rodotà, un expert de droit constitutionnel, auquel s’est rallié également le parti de gauche SEL, ex-allié du PD.

« Sept années ont été suffisantes, nous n’avons pas besoin de M. Napolitano », a commenté un sénateur du M5S.

NAPOLITANO REELU AU 6e TOUR « POUR SORTIR L’ITALIE DE L’IMPASSE »

Le président italien sortant Giorgio Napolitano, 87 ans, appelé à la rescousse par un Parlement dans l’impasse, a donc été réélu ce samedi, provoquant la fureur du contestataire Beppe Grillo qui a crié au « coup d’Etat » et appelé à une « mobilisation populaire ».

Dans sa première réaction publique après sa réélection, M. Napolitano a souligné « la situation difficile » du pays et indiqué qu’il préciserait ses intentions au cours de sa prestation de serment et dans son discours au Parlement lundi.

La réélection, une première dans l’histoire italienne, à une très large majorité de cet ancien communiste qui fêtera ses 88 ans en juin, a été accueillie par une longue ovation debout de la majorité des « grands électeurs ».

« Aujourd’hui est une journée importante pour notre République. Je remercie le président Giorgio Napolitano pour son sens du devoir et sa générosité personnelle et politique qui lui a fait accepter de poursuivre son engagement dans un contexte aussi difficile et incertain », a aussitôt réagi le chef de la droite Silvio Berlusconi.

Son successeur à la tête du gouvernement, Mario Monti, a lui aussi remercié M. Napolitano pour son « esprit de sacrifice ».

Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a félicité M. Napolitano pour sa réélection qui intervient à « un moment décisif pour le processus d’intégration » européen.

GRILLO : « UN COUP D’ETAT EST EN COURS »

A l’opposé, l’ex-humoriste Beppe Grillo, chef du Mouvement cinq étoiles (M5S), a estimé que les dirigeants des partis politiques traditionnels étaient « prêts à tout pour empêcher le changement ». « Ils sont désespérés. Un coup d’Etat est en cours », a-t-il écrit sur son blog pendant que ses partisans, rassemblés devant la Chambre des députés à Rome, criaient « Bouffons, bouffons! », « Honte! », tout en scandant le nom de leur candidat, le constitutionnaliste Stefano Rodota

Ce dernier s’est toutefois dissocié de ces manifestations, soulignant « être opposé à une quelconque marche sur Rome ». Il a même adressé « un salut au président réélu ».

Napolitano, qui n’avait cessé de répéter son souhait de ne pas se présenter en raison de son âge avancé et aussi de la volonté de changement exprimée par les électeurs, a finalement cédé à la pression des responsables politiques, incapables de lui trouver un successeur après cinq tours de scrutin.

« Je considère qu’il est de mon devoir d’offrir la disponibilité qui m’a été demandée », avait expliqué Giorgio Napolitano, figure respectée de la scène politique italienne.

Dans la matinée, de Pier Luigi Bersani (gauche) à Silvio Berlusconi (droite) en passant par le chef du gouvernement sortant Mario Monti, tous étaient venus l’exhorter à se représenter.

Cette fois-ci, « les rencontres ont permis de faire émerger une large convergence » des forces politiques en faveur de M. Napolitano, a souligné M. Bersani, chef du Parti démocrate (PD).

La tâche du président est lourde. Les élections législatives de fin février ont débouché sur une équation insoluble avec la gauche qui a la majorité absolue à la Chambre des députés mais pas au Sénat, divisé en trois blocs de forces qui se neutralisent mutuellement : la gauche, la droite berlusconienne et le M5S. Cette situation contraint le pays à aller de l’avant avec un gouvernement démissionnaire depuis quatre mois.

La solution choisie – un nouveau tour de passe-passe à court terme des partis traditionnels – ne fera que renforcer l’ébranlement structurel du parlementarisme italien. Et sans aucun doute, en réintroduisant le président sortant, renforcera l’anti-parlementarisme.

Luc MICHEL

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