# EODE THINK-TANK & EODE-BOOKS / GEOPOLITIQUE ET POLITIQUE AFRICAINE/ FRANCAFRIQUE ET RESEAUX FOCCART : LA FABRIQUE DES BARBOUZES (PARTIE 1)

EODE TT - barbouzes et françafrique PART 1 (2015 05 19)

Luc MICHEL (Coord.) pour EODE Think Tank/
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Partie 1

« Contrairement aux idées reçues, les « barbouzes » ont tiré les leçons des guerres coloniales et de leur longue lutte anticommuniste : en adeptes de la guerre psychologique, ils savent que la guerre ne se gagne pas que sur le terrain, mais aussi sur la scène internationale »
- Jean-Pierre Bat.

I – L’ANALYSE. FRANCAFRIQUE ET RESEAUX FOCCART.
OU COMMENT MAINTENIR LE « PRE CARRE FRANÇAIS » DANS LORBITE DE PARIS

Avec le temps, la « Françafrique » est devenue l’ensemble du système néocolonial de la France en Afrique et FOCCART son concepteur. Mais les « Réseaux FOCCART » furent au départ toute autre chose : un service secret parallèle au service de la politique gaulliste en Afrique, des réseaux de « barbouzes », lancés dans une croisade occidentale anticommuniste au service de Paris. Et c’est leur redoutable efficacité qui forgeront la légende du diable FOCCART ! C’est ce que décrit le livre LA FABRIQUE DES BARBOUZES, qui entend « mesurer le rapport entre la stratégie élaborée par Paris et la tactique mise en oeuvre sur le terrain ».

« Foccart s’impose naturellement comme le point d’équilibre de cette problématique, explique l’auteur, Jean-Pierre Bat. Charles de Gaulle, devenu président de la République, le désigne comme responsable de la décolonisation. » L’enjeu est simple, garder à la France son empire en dépit de la décolonisation, que de Gaulle juge à raison inévitable.

Alors intervient le cynisme machiavélique du genéral. On notera que la politique du général est machiavélique en Afrique. Et néo-machiavélienne en Europe, en Asie (discours de Knom-Peng) et au Québec. « La décolonisation de l’Afrique a été synonyme, pour la France gaullienne, de lutte anticommuniste et de défense de son domaine réservé », écrit l’auteur. Alors qu’en Europe, c’est l’anti-américanisme qui va vite prédominer, tentations pro-russes (le général dit la Russie et jamais l’URSS), recherche d’alliance avec le national-communisme de la Roumanie de Ceaucescu ou la Yougoslavie titiste.

Cynique, de Gaulle l’est sans limite dans les affaires de la décolonisation française, comme il le sera en Algérie. « Dérogeant à la rigueur protocolaire de sa fonction, le fondateur de la Vième République éclaire par une de ses saillies, relevée par Jean Lacouture, les enjeux de la transmission d’un appareil d’Etat impérial vue de l’Elysée ». « Ne me dites pas l’indépendance. On dit que l’abbé Fulbert est indépendant. Mais c’est moi qui paie sa solde. Fulbert Youlou (dirigeant anti-communiste du Congo Brazzaville) n’est pas indépendant », se serait écrié Charles de Gaulle.

« Au-delà du « style du Général », cette citation provocatrice pose la question de la nature des indépendances, précise Jean-Pierre Bat. Le problème des colonies et de leur devenir se situe au centre du projet politique gaulliste, intégré au « grand dessein » national. Cet impératif s’inscrit pour l’Afrique dans une nouvelle institution, spécifiquement créée à cette fin: le Secrétariat général des Affaires africaines et malgaches, nouvelle titulature du secrétariat général de la Communauté. Cet organisme est confié en mars 1960 à Jacques Foccart, conseiller Afrique de Charles de Gaulle depuis 1949,qui l’a accompagné dans ces fonctions du RPF à l’Elysée en passant par Matignon. »

Les objectifs fixés par de Gaulle à FOCCART en Afrique sont de maintenir le « pré carré français » dans l’orbite de Paris : « Sa mission consiste à faire de la décolonisation de l’Afrique tout le contraire d’une rupture. Au contraire, l’esprit de sa feuille de route repose sur le maintien de l’influence française dans ses anciennes colonies, en pleine guerre froide. » Dans un contexte de Guerre froide, de déstabilisation des indépendances africaines et des politiques panafricanistes, de « grand jeu » africain, de « course contre la montre en Afrique centrale, aux portes du grand Congo belge, point de fixation continental de la guerre froide ».

Ce qui conduit FOCCART à agir dans les deux Congo : celui de Brazzaville et l’ex belge en pleine crise et où il s’agit de contrer Lumumba. « Car si c’est au Cameroun que la France a mené une guerre coloniale (ndla : bien méconnue en Europe et en France même), c’est bel et bien au Congo qu’elle se prépare à mener son « Grand Jeu » en Afrique postcoloniale, nouveau théâtre de la guerre froide. Des agents du SDECE, missi dominici de Foccart et autres spécialistes de la lutte anticommuniste, son mandatés par la France à Brazzaville pour se tenir aux avant-postes de cette guerre secrète menée au coeur de l’Afrique.

Dans ces conditions, ces « Barbouzes » – terme impropre mais employé pour le moment faute de mieux – s’imposent comme des chevilles ouvrières de la mise en oeuvre de cette politique. » Et cest là que les hommes de FOCCART vont participer au grand jeu géopolitique pour le contrôle de l’Afrique, petites cheville ouvrière au service de la grande politique africaine de de Gaulle. Face à eux, les soviétiques, Lumumba et ses alliés, Nasser et le Ghana de Kwame N’Krumah.

LM

II – QUI ETAIT JACQUES FOCCART ?

« Les archives répondront à votre question », avançait Jacques Foccart dans ses entretiens (Foccart parle) pour ne pas répondre à une question embarrassante. Surnommé « l’homme de l’ombre », Jacques Foccart a été le premier « Monsieur Afrique » de la Ve République en devenant le secrétaire général des Affaires africaines et malgaches des présidents de Gaulle et Pompidou. Il incarnait simultanément la part sombre du gaullisme et le mythe de l’homme sans archive : en somme, le secret absolu de l’exercice du pouvoir au cœur de l’Élysée.

Pourtant, dès les années 1980, les Archives nationales ont collecté les archives de son secrétariat général, laboratoire de la politique française en Afrique. L’une des grandes particularités de ce fonds d’archives présidentielles est de mettre au jour le tissu humain qui anime ce que la postérité a qualifié de « réseaux Foccart ». Il apparaît aussi varié que dense, à la croisée des réseaux issus de la Résistance, des amitiés gaullistes, des services de renseignement, des relations interpersonnelles et des missi dominici, dans une dimension quotidienne longue d’une quinzaine d’années. Les sources officielles y croisent les sources officieuses.

III – LE LIVRE.
LA FABRIQUE DES BARBOUZES, HISTOIRE DES RÉSEAUX FOCCART EN AFRIQUE

Auteur: Jean-Pierre Bat
Editeur: Nouveau Monde

Dès la fin des années 1950, les services secrets français préparent leur politique africaine en vue des indépendances. Mais, même eux ne peuvent pas tout se permettre et c’est là que les « barbouzes » entrent en scène, pour assumer cet illégalisme d’État.

Leur passé importe peu, seules leurs compétences anticommunistes (car la Guerre froide est le paramètre déterminant) constituent le critère de sélection. Cependant leur liberté d’action et leur pouvoir ont un revers : la République française niera officiellement avoir eu connaissance de leurs agissements. Et pour cause, ils représentent la face cachée de l’histoire de France depuis la Libération : ce sont d’anciens épurés, des employés des officines clandestines de la IVe République, des activistes des complots du putsch d’Alger, des collaborateurs de Foccart ou des agents clandestins.

La décolonisation de l’Afrique a été synonyme, pour la France gaullienne, de lutte anticommuniste et de défense de son domaine réservé. En 1960, le Congo ex belge, celui où Lumumba mène un combat révolutionnaire et panafricaniste, devient le point de fixation de la guerre froide. Face aux Américains (que détestent le général et qui le lui rendent bien), aux Soviétiques et à la Tricontinentale (organisation regroupant les forces anti-impérialistes d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine), la France entend mener sa politique depuis Brazzaville. Où les hommes de FOCCART encadrent le très anti-communiste abbé Fulbert Youlou. Soutenant notamment au Congo Léopoldville (devenue Kinshasa en 1966) la sécession katangaise de Moïse Tchombé.

L’AUTEUR :

Jean-Pierre Bat est historien (agrégé et docteur en histoire de l’université Paris I Panthéon Sorbonne) et archiviste-paléographe (Ecole nationale des chartes). Membre de l’Institut des mondes africains (CNRS), il est également chargé d’études aux Archives nationales, en charge du « Fonds Foccart ».

ISBN-10 2-36942-195-9
ISBN-13 978-2-36942-195-5
GTIN13 (EAN13) 9782369421955

EODE / LM (Coordination) / 2015 05 19
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