# LUC MICHEL PAGE OFFICIELLE I/ LA QUESTION DU JOUR 2020 02 25

POLM I - QUESTION 004 cloroquine

LES DONNEURS DE FAUX ESPOIRS /
LES QUESTIONS QUE POSENT LA CLOROQUINE ET L’AUTO-STARISATION DU DR RAOULT ?

A noter que le Ministère chinois de la santé a testé et refuse la cloroquine, notamment en raison des dégats immenses sur les autres pathologies (cœur notamment). Le débat a déjà été tranché à Pékin, seul Etat qui a contenu la pandémie. C’est Trump, présentant dans sa politique de blufs et de fake news permanente, la Cloroquine comme un « merveilleux médicaments miracle » ! Relancé par Raoult (qui diffuse contre toute éthique médicale un traitement non validé) qui se présente lui-même comme une « star mondiale » et cherche son auto-publicité. Et quelques médecins africains …
LM

CORONAVIRUS :
QUATRE QUESTIONS SUR LA CHLOROQUINE, PRÉSENTÉE PAR LE PROFESSEUR RAOULT COMME LA MEILLEURE ARME CONTRE LE COVID-19 (FRANCEINFO)

Des spécialistes s’insurgent contre la promotion, par le professeur Didier Raoult, spécialiste des maladies infectieuses à Marseille, de ce médicament antipaludique.

La chloroquine, un remède miracle contre le coronavirus ? Spécialiste des maladies infectieuses à Marseille, le professeur Didier Raoult le proclame partout, après avoir testé ce médicament antipaludique sur 24 patients. Selon lui, les trois quarts étaient guéris au bout de six jours. Ce chercheur, qui fait partie du conseil scientifique chargé d’éclairer l’exécutif sur la pandémie, a d’ailleurs convaincu le gouvernement de tester plus largement ce médicament. Et le ministre de la Santé, Olivier Véran, a donné son feu vert, le 17 mars, « pour qu’un essai plus vaste par d’autres équipes puisse être initié dans les plus brefs délais sur un plus grand nombre de patients ». Lundi 23 mars, le ministre a annoncé qu’il allait prendre un arrêté pour « encadrer » l’utilisation de la chloroquine, qui sera « accessible aux équipes médicales hospitalières » uniquement pour traiter des « formes sévères » et sur « décision collégiale des médecins ».

MAIS SANS RECUL NI ÉTUDE VALIDÉE, CERTAINS SCIENTIFIQUES NE COMPRENNENT PAS QUE LA CHLOROQUINE SOIT DÉJÀ PRÉSENTÉE COMME L’ARME SUPRÊME POUR LUTTER CONTRE LE CORONAVIRUS.

Explications.

1/ Qui prône l’usage de la chloroquine ?
Le professeur Didier Raoult est un spécialiste incontesté des infections. Grand prix Inserm 2010 pour l’ensemble de sa carrière, ce spécialiste des maladies infectieuses de 68 ans dirige l’Institut hospitalo-universitaire Méditerranée infection à Marseille. Et il se dit « convaincu de la pertinence de l’hydroxychloroquine pour traiter les patients atteints de Covid-19″, indique le quotidien régional La Provence, samedi 21 mars.
Le médecin se montre encore plus affirmatif dans une interview au Parisien. « Avec mon équipe, nous estimons avoir trouvé un traitement. Et sur le plan de l’éthique médicale, j’estime ne pas avoir le droit, en tant que médecin, de ne pas utiliser le seul traitement qui ait jusqu’ici fait ses preuves. Je suis convaincu qu’à la fin, tout le monde utilisera ce traitement. C’est juste une question de temps avant que les gens acceptent de manger leur chapeau et de dire : ‘C’est ça qu’il faut faire’ », assure-t-il, disant n’attendre « rien » de nouveau « des essais.

2/ Pourquoi le professeur Didier Raoult estime-t-il que ce médicament est efficace ?
Se présentant comme une « star mondiale dans son monde », Didier Raoult affirme à La Provence que, sur 24 patients qu’il a suivis dans son essai clinique, « après six jours de traitement », « 75% des patients sont guéris du virus ». Interrogés sur les « 25% de cas » qui sont toujours positifs, il affirme « n’avoir pas eu d’aggravation dans les cas traités ». Les données de son étude sont publiées ici (en anglais).
Sauf que si on entre davantage dans les détails, Didier Raoult prône, en fait, l’association de deux médicaments : le chloroquine (hydroxychloroquine, connu sous son nom de médicament, le Plaquenil) , et un antibiotique appelé l’azithromycine. Sur franceinfo, un membre de son équipe, Philippe Parola, chef du service des maladies infectieuses de l’IHU à Marseille, estime que les essais cliniques en cours sur une large échelle doivent tester l’association des deux produits : « Cela marche encore mieux », expose-t-il. Il ajoute : « Il faut savoir que ces molécules, la chloroquine comme l’azithromycine, sont utilisées depuis des années et qu’on en connaît les effets secondaires, y compris de cette association. »

3/ Pourquoi son efficacité est-elle sujette à caution ?
Pour une raison simple : il n’y a pas encore d’étude conduite dans les règles de l’art qui viennent prouver cette efficacité. Tout en autorisant des essais plus larges, le 17 mars, le ministre de la Santé, Olivier Véran, l’a rappelé : « Il est absolument fondamental d’asseoir toute décision de politique publique en santé sur des données scientifiques validées, et les processus de validation, on ne peut pas négocier avec. » Autrement dit, « il est pour le moment difficile de se prononcer sur l’efficacité d’un traitement antipaludique à base de chloroquine contre le coronavirus », résume l’Inserm, sur sa page contre les « Fake news ».
« Si la possibilité de pouvoir utiliser des traitements antipaludiques sûrs, déjà bien connus et peu coûteux chez les patients atteints de coronavirus est intéressante, il est primordial d’avoir une visibilité sur des données issus d’essais cliniques impliquant des patients infectés par SARS-Cov-2, publiées et donc rendues accessibles à la communauté scientifique internationale », poursuit l’Inserm. En clair : il est trop tôt pour se prononcer.

CE QUI SE PASSE À MARSEILLE EST SCANDALEUX. UTILISER UN MÉDICAMENT COMME ÇA HORS AUTORISATION DE MISE SUR LE MARCHÉ EN EXPOSANT LES PERSONNES QUI LE PRENNENT À DES COMPLICATIONS SANS AVOIR VÉRIFIÉ LES CONDITIONS D’UTILISATION DE BASE

Pour le même motif, Karine Lacombe, infectiologue et cheffe de service à l’hôpital Saint-Antoine à Paris, explique à France 2, « écœurée », que le Dr Raoult « expose les gens à un faux espoir ». « Cet essai est contestable et ne montre absolument rien sur le plan scientifique, s’indigne-t-elle. Ce qui se passe à Marseille est scandaleux. Utiliser un médicament comme ça hors autorisation de mise sur le marché en exposant les personnes qui le prennent à des complications sans avoir vérifié les conditions d’utilisation de base, c’est en dehors de toute démarche éthique. Même si ce médicament peut potentiellement avoir une activité (…), on ne peut pas le donner comme ça à n’importe qui dans n’importe quelles conditions, hors base scientifique correcte. Il faut faire extrêmement attention. »

A le lire attentivement, le professeur Raoult pointe lui-même les limites de son étude. Dans son interview à La Provence, il dit ainsi n’avoir pas eu affaire à des cas graves : « Nous n’avons pas eu d’aggravation dans les cas traités, mais nous ne voyons pas de gens dans des états graves. Pour l’instant, les cas graves sont ceux qui ne sont ni détectés, ni traités et qui arrivent avec une insuffisance respiratoire très grave. Ils vont directement en réanimation et ils vont mourir là-bas. » D’où le danger de brandir un médicament miracle. Une démarche qui risque aussi de dissuader les gens de prendre les précautions nécessaires (gestes barrière, distance de plus d’un mètre, etc.).

QUAND SAURA-T-ON SI ÇA MARCHE ?

L’étude sur la chloroquine menée en France ailleurs qu’à Marseille donnera des résultats d’ici à quinze jours, selon le ministère de la Santé. Elle s’inscrit dans le cadre d’un essai clinique européen destiné à évaluer quatre traitements expérimentaux pour lutter contre le coronavirus. Baptisée « Discovery », cet essai « a pour but d’analyser l’efficacité et la tolérance des options thérapeutiques pour les patients dans un temps limité », explique l’Inserm dans un communiqué, dimanche 22 mars.
Outre la chloroquine, cet essai européen doit évaluer le remdesivir, le lopinavir en combinaison avec le ritonavir, ce dernier traitement étant associé ou non à l’interféron bêta. Dans son volet français, l’essai inclura au moins 800 patients atteints de formes sévères du coronavirus. Au total, quelque 3 200 patients européens seront inclus dans l’étude qui associe la Belgique, les Pays-Bas, le Luxembourg, le Royaume-Uni, l’Allemagne et l’Espagne. Les données obtenues seront partagées avec un autre essai international baptisé « Solidarity », conduit sous l’égide de l’Organisation mondiale de la Santé. Il convient donc désormais d’attendre les résultats validés.

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